Le cloud computing : un remède aux difficultés du numérique en santé

Le cloud computing : un remède aux difficultés du numérique en santé ?

Par Gérard Domas, Président d’Interop’santé et Jacques Marceau Président d’Aromates Enseignant à l’IEP d’Aix-en-Provence

S’il existe aujourd’hui un consensus à propos des différents projets de réforme et de modernisation de notre système de santé, c’est bien autour d’une utilisation accrue des technologies numériques. Ces dernières sont en effet non seulement reconnues comme un facteur d’amélioration de la qualité et de l’efficience des soins mais encore comme un élément de réponse aux nouveaux défis qui se font jour. Démographie médicale, vieillissement de la population et dépendance, réforme de l’hôpital, accès aux soins, financement de l’assurance maladie, médecine génomique et personnalisée …

Il n’est en effet pas un enjeu de santé publique qui ne trouve au moins un élément de réponse dans le développement de solutions numériques adaptées.

Ces dernières, toujours plus nombreuses et plus performantes, trouvent leurs applications dans des domaines de plus en plus variés : télédiagnostic et télémédecine, imagerie médicale, gestion du parcours de soin, réseaux sociaux, formation et information médicale, etc.

Cependant, et en dépit du bel enthousiasme qu’elles suscitent, notamment auprès de la classe politique, force est de constater que leur mise en œuvre est le plus souvent, au mieux chaotique et au pire désastreuse, comme si une mauvaise fée se penchait systématiquement sur le berceau des initiatives dans ce domaine, qu’elles soient  publiques ou privées. Faut-il ici rappeler les difficultés du DMP, pourtant présenté en 2004 comme une priorité absolue par le ministre de la santé de l’époque ? Ou celles liées à la mise en œuvre des projets de systèmes d’information hospitaliers, qui se révèlent trop souvent de véritables gouffres financiers, tant pour les hôpitaux que pour les prestataires choisis pour les déployer ?

Alors. La faute à qui ?

Aux politiques, peut-être, qui ont, et sans doute à juste titre, vu dans ces solutions numériques une réponse inespérée aux problèmes lancinants de la coordination des soins et de la maîtrise des dépenses de santé ?

Aux industriels, pressés de vendre ces mêmes solutions qui d’ailleurs, et pour bon nombre d’entre elles, avaient déjà fait leurs preuves dans d’autres contextes ?

Aux donneurs d’ordres en charge, dans les administrations de santé et les établissements de soins, de la gouvernance des projets, souvent dépassés par l’ampleur et la complexité de l’équation à résoudre ?

Au professionnels praticiens de santé, enfin, qui n’ont pas été toujours prompts à adopter les systèmes qui leurs ont été dans certains cas, proposés, et dans d’autres, imposés ?

 Inutile de chercher un coupable, restons simplement sur le constat et tentons une nouvelle approche. Cette dernière approche s’appuie sur part deux postulats qui, il faut bien le reconnaître, ont jusqu’à présent fait défaut :

Le premier est une constante, une sorte de loi indiscutable valable dans tous les domaines, selon laquelle l’informatique ne règle aucun problème d’organisation. Elle n’est pas là pour ça. Et le croire conduit à désorganiser encore davantage ce qui, certes l’était auparavant, mais fonctionnait quand même. Ainsi, le DMP, et plus généralement les systèmes d’information de santé, ne seront jamais, comme on a voulu le croire, un remède miracle capable d’imposer une organisation.

Le deuxième est qu’un médecin n’est pas un ingénieur, que la médecine est un art que les technologies ont vocation à servir. Ainsi, il faut prendre garde à bien dissocier les notions de processus et de protocole et s’appliquer à toujours mettre le premier au service du second.

C’est sur la base de ces deux principes que des industriels, opérateurs et éditeurs de logiciels, ont imaginé une solution basée sur une plateforme spécialisée supportant l’ensemble des services et applications métiers attendus des professionnels de santé appelée « cloud computing santé ».

Cette plateforme aura vocation d’offrir un accès simplifié et économique à des ressources logicielles et applications dédiées à la télémédecine, au suivi des patients, à la prise en charge de situations d’urgence jusqu’au suivi médico-social et à la gestion. L’hébergement des applications ainsi que le traitement et l’hébergement des données, seront assurés par un réseau de data-centres de proximité exclusivement dédiés à cet usage et leur transit par un réseau très haute performance lui aussi dédié et sur un modèle qui a déjà fait ses preuves, celui du Réseau National de télécommunications pour la Technologie l’Enseignement et la Recherche (Renater). Au-delà de son ergonomie et de sa puissance, cette approche a en plus l’avantage d’être particulièrement économique car elle ne nécessite plus de lourds et hasardeux investissements de la part des structures hospitalières et des professionnels de santé de terrain, ni de frais de maintenance et de mise à jour tant logicielles que matérielles puisque tout est externalisé et payé à l’usage. Reste à fixer le prix de cet usage ce que, de toute évidence, l’acheteur tant public que privé saura très bien faire.

 Le « cloud computing santé » n’est pas, lui non plus, la solution miracle.

Ses protagonistes ne le revendiquent d’ailleurs pas. Il est tout simplement une grande boite à outils à la disposition des professionnels de santé et de leurs structures d’exercice. Cette boite à outil existe, mais elle ne pourra être opérationnelle, et cela va sans dire, sans réseaux très haut débit, sécurisés et à haute disponibilité. Et là, ce n’est pas encore gagné !

 

* chiffres ASIP – Oct. 2011